Vendredi 4 août 2006

Bonjour à vous tous cher(e)s habitue(e)s

 

 

Aujourd’hui, j’ai quelque chose d’important à vous dire. D’abord, je vous remercie de venir régulièrement, de vos conseils, de vos critiques, de votre bonne ou mauvaise humeur, je vous remercie pour tous ces échanges passionnants et passionnés, finalement de cette chaleur humaine si difficile a faire passer sans communication verbale et gestuelle.

 

Lorsque j’ai ouvert ce blog, je ne savais pas pour quelle raison je me lançais dans cette aventure, juste pour m’amuser me suis-je certainement convaincu. Malheureusement, j’ai été pris en otage par le cycle de l’excitation, par le fait de pouvoir se livrer sans conséquences, par l’apaisement faussé que cela semblait me procurer. Au fur et a mesure, j’ai dévoilé mes sentiments, mes troubles, mes inquiétudes, mes interrogations, mon mal-être, ma tristesse, tout cela se matérialisant souvent par de grinçants coups de gueule. Généralement, la colère ma semblait le moyen le plus intuitif de communiquer ; comme disait DS je faisais mon « pit-bull ». D’autres ont souligne la prédominance de l’aigreur dans mes articles, ce que je refusais de voir, je me mettais volontairement dans une phase d’irritation pour écrire un article, cela faisait parti de l’exercice de style. Je ne me rendais pas compte qu’au final je m’épuisais et me complaisais dans un pessimisme dangereux. Je croyais que le blog me rendait service, me permettait d’évacuer : je me trompais complètement. Le blog m’excitait, et me faisait un peu perdre le contrôle de mes émotions, j’essayais de retranscrire et de revivre virtuellement des émotions dont j’étais dépourvu au quotidien. Tout cela, je ne m’en rendais pas compte, mais j’arrive aujourd’hui à mettre un mot sur mon état. Si je consulte la littérature psychiatrique, je me rends compte que je possède quasiment tous les symptômes de la dépression, alors que je pensais être fort et à l’abri de ce genre d’inquiétudes : stress, angoisse, anxiété, crise de panique, coupure sociale, problème de rythme cardiaque, problèmes de peau, tristesse, pessimisme, sédentarité, … Je pensais tellement être enfermé dans une vie sans solution en se focusant uniquement sur ma maladie que mon seul espoir résidait simplement en la survie en espérant simplement toucher mon salaire a la fin du mois et pouvoir m’éloigner le plus possible des autres. Je ne voulais pas vivre, je ne voulais pas connaître des hauts ou des bas, je voulais quelque chose de plat pour ne pas souffrir. Mais la dépression ne se définit pas comme la présence d’une tristesse mais surtout comme l’absence de plaisir. J’étais en plein dedans. J’en avais oublié qu’un tout petit rien peut apporter de la joie, et que vivre ne signifie pas simplement manger, dormir, travailler, se laver. Je me contentais de cette voie sans issue sans m’interroger sur moi-même, je préférais ne pas espérer de peur d’être déçu un jour. Finalement, je me complaisais dans la lâcheté (je parle a l’imparfait mais cette situation n’est pas complètement révolue).Surtout, je pensais sincèrement que cette foutue maladie était la source de tous mes maux et que sans elle, ma vie serait merveilleuse. C’est une illusion. Pour combattre la maladie il faut d’abord aller mieux, et pas l’inverse. En y réfléchissant honnêtement, ma vie n’était pas si géniale avant, je souffrais aussi de stress, de problèmes cardiaques, et j’étais complément accaparé par ma réussite scolaire (se donner un objectif pour éviter de voir la réalité de la situation). Je crois maintenant être arrivé à la conclusion que ma maladie n’est que la conséquence d’un état dépressif latent (mais ignoré), d’une cause émotionnelle grave : le décès de ma maman, d’une prédisposition ( ?), et d’un déménagement très loin de ma famille, de mes amis. A y réfléchir de plus près, la synchronisation des symptômes et des événements est assez etonnante. .Aujourd’hui, enfin, je me rends compte qu’effectivement j’allais et je vais mal (un peu moins maintenant tout de même). C’est déjà un pas énorme : cet état des lieux me permet finalement d’espérer un avenir meilleur car je peux modifier ma perception du monde, je peux travailler à mon bonheur.

 

Le blog m’a servi a une chose : « rencontrer » des personnes qui vous parlent sans détournement, et d’autres qui vous encouragent. Ainsi, le premier déclic quant à une certaine souffrance psychologique de ma part a eu lieu au cours d’une conversation avec DS, elle m’a fait remarquer que je devrais consulter un psy. J’ai mis le conseil un peu en sommeil mais il me trottait dans l’esprit puis j’ai consulté cette énergéticienne par la suite, elle a mis des mots tellement simples et évidents sur mes maux, elle a été claire et suffisamment persuasive pour me forcer a modifier mon comportement. J’ai donc mis en pratique ses recommandations : nouveau régime alimentaire, plus de télé, plus de PC (tous deux générateurs d’émotions négatives), sortir, faire du sport, s’ouvrir aux autres. Je suis même allé plus loin en lisant des livres sur la psychologie du bonheur et l’un d’entre eux m’a profondément marque car il décrit un grand nombre de mes comportements et précise des solutions simples et pour retrouver la plaisir de sourire. Aussi, je compte m’inscrire dans un centre de yoga et de méditation, je souhaite consulter mon coach et un vrai psy (et utiliser une nouvelle technique particulière extrêmement rapide), je tente aussi de mieux communiquer : j’appelle ma famille presque tous les jours, je fais de nouveaux des pauses avec les collègues et j’invite même des gens chez moi ! (Rigolez mais ce n’est pas si facile de faire cette démarche pour moi), j’ai repris le sport et ça me fait un bien fou, et j’apprécie de petits moments simples comme un sourire dans la rue, un chat qui me caresse les pieds, m’asseoir près de la rivière et observer les enfants jouer. Maintenant, je m’autorise à espérer et à croire en mon potentiel, je sais que je peux y arriver, en deux semaines les progrès sont déjà prometteurs pour mon moral. Je viens simplement de comprendre que le bonheur ne tombe pas du ciel et que c’est a moi seul d’exploiter mes capacités pour y arriver, il est inutile d’attendre au fond de mon canapé qu’une bonne fée se penche sur ma personne. Tout cela est facile à dire, moi-même j’en riais mais aujourd’hui je comprends enfin ce discours. Alors, je ne dis pas que mon cas est réglé, que tout est derrière moi, mais prendre conscience que j’ai un problème est vraiment la première pierre de ma rééducation au plaisir. La deuxième pierre se matérialise dans la motivation et je crois que j’en ai à revendre pour l’instant. Le chemin sera éventuellement long, mais pas si sur, j’espère que tout ira très vite, j’ai bon espoir.

 

Finalement, tout ce discours décousu se destine a distiller plusieurs messages : le blog n’est pas une thérapie, ce n’est pas bon (pour moi), il symbolise un enfermement surtout s’il est mis a jour quotidiennement, il devient une addiction malsaine. Par ailleurs, j’espère ne plus écrire de « coups de gueule », cela serait synonyme d’un certain échec puisque la colère est une émotion négative. J’ai donc la réponse à ma question initiale, j’ai ouvert ce blog parce que j’allais mal mais que je ne le savais pas. Comme je ne m’assumais pas (et je ne m’assume pas complètement encore), j’ai bien sur voulu rester le plus anonyme possible, et ne rencontrer personne pas l’intermédiaire du blog, une façon de fuir à nouveau le regard des autres. Quel est le meilleur moyen de protéger son identité ? Mentir sur son sexe. Voila, j’assume aujourd’hui, c’est une étape dans ma thérapie pour reprendre confiance en moi : je ne m’appelle pas Mel et je ne suis pas une fille. Je ne m’appelle pas Xavier non plus. Je ne souhaite pas divulguer mon identité mais appelez moi Benoit.

 

Je sais que cette annonce va certainement troubler certaines personnes, au moins en décevoir beaucoup. Je suis vraiment désolé, je n’ai pas vraiment voulu tricher, juste me protéger. Toutefois, le blog a pris de l’ampleur et le mensonge aussi, j’étais emprisonné et incapable de faire marche arrière, je ne trouvais pas la force pour ce coming-out. Il faut tout de même comprendre que les idées, les sentiments, les textes développés dans ce blog reflètent tout de même ma personnalité, ma réalité même si une carapace physique avait pris la place de Benoit. Mel n’est que le haut-parleur de Benoit. Il est important d’en finir avec cette schizophrénie pour aller mieux, et vous comprenez maintenant les raisons pour lesquelles j’ai toujours été extrêmement distant avec les lecteurs, aussi sympathiques et chaleureux qu’ils soient. Je me suis même attaché sans le vouloir avec un arrière goût de culpabilité malsaine. Je ne pouvais pas répondre à vos demandes de rencontres parce que coincé dans mon mensonge. J’ai peut-être joue avec vous, je n’en suis pas fier, ça n’a jamais été méchant, et surtout je restais moi-même malgré cela, un autre moi un peu plus désinhibé sûrement. J’avais en fait besoin de me prouver quelque chose, de m’interroger sur ma potentielle inutilité dans ce monde, de savoir si je pouvais être susceptible d’intéresser des gens, une pathétique manière de me rassurer un peu. Je me dis enfin que toutes ces critiques, tout ces gens qui tournent tout en dérision, tout ces Guy Carlier en puissance doivent être malheureux au fond d’eux pour se complaire dans la raillerie et la dénonciation permanente de ce qui est néfaste à notre société. C’est drôle pour les autres mais douloureux pour soi, douloureux de s’énerver, de ne regarder que la mauvais coté des choses, de s’enfoncer dans une colère permanente pour se sentir vivant. Je rêve de calme et de volupté.

 

Je vous prie de m’excuser pour ne pas avoir été honnête, en vous mentant je me mentais a moi-même.

 

Par Mel - Publié dans : Moi
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