Dimanche 26 novembre 2006
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A la base, depuis ma première jeunesse, je suis un inconditionnel de la télévision, plus qu'un téléphile, un véritable téléphage. Je peux me taper des programmes très cons ou bien l'Assemblée Nationale durant tout un après-midi. Télé, tu incarnes un peu ma meilleure ennemie, toujours présente, à toute heure, mais terriblement exclusive: tu es la facilité, le bruit de fond réconfortant. Toutefois, adolescent je me suis plutôt tourné vers les radios libres afin de cultiver l'esprit jeune et rebelle, à peu près jusqu'en seconde. Bien sûr, tous ces médias s'avèrent d'excellents moyens d'accéder à la culture depuis sa chambre mais l'exploitation à outrance de la grille télévisuelle éloigne du monde d'une part, et explose les yeux d'autre part. Aussi, à l'heure où fleurissent un tas de nouvelles séries américaines plus excitantes les unes que les autres (Desperate Housewives, The Shield, ...) je décide de sortir de ma prison. Break ! Nous sommes mi juillet 2006 et je proclame un stop total de la virtualité. Bonjour à la nature, la lecture, les sorties, bonjour à la réalité.
Pour un enfant de la télé, attention à la marche ! L'emploi du temps doit nécessairement être complètement revisité, il faut diversifier les activités. Je ne vais pas jusqu'à faire des mots croisés mais je désire qu'un livre un jour devienne ma nouvelle philosophie. De plus, il faut profiter de ma région, la French Riviera, visiter les petits villages de Provence comme Saint Paul ou Saint Tropez, faire plus la fête, et vivre sous le soleil. Me voilà en quête d'action, prêt à rencontrer la terre entière, des filles de classe "mannequin", à écumer les boites de Monaco remplies de nice people issus de la Star Academy, à laisser la chance aux chansons endiablées pour m'amuser et reprendre confiance en moi. Du coup, je croise tellement de nouvelles têtes (souvent juste pour une soirée) que je peux aisément établir un top 50 des meilleures rencontres et pourquoi pas reprendre espoir dans les feux de l'amour.
En parallèle, j'entreprends la réalisation d'un travail sur ma vie à moi avec l'aide d'un coach, pour identifier mes problèmes, mes blocages, mes espérances et mes possibilités. Au début, je cherche dans l'urgence des réponses toutes simples à mes interrogations, une sorte de guide vie : Chef, la recette du bonheur ? Je me trompe évidemment, l'introspection reste une tâche longue, éprouvante et difficile. Seulement, la motivation me gagne et pour savoir qui je suis vraiment et qui je veux devenir, je vis ma vie jour après jour avec l'objectif simple et naïf de prendre le maximum de plaisir à tout moment et de relativiser tous les aléas. Avec ce nouveau mode de pensée, je me sens tellement heureux, vif et confiant que je ne prends pas du tout de vacances de l'été, préférant alterner travail le jour et sorties festives le soir et le week-end. J'aurais évidemment pu partir visiter le Fort Boyard en rejoignant mon père sur l'île d'Oléron, rentrer dans la capitale, découvrir la côte ouest (Beverly Hills, Santa Barbara) et le sud américain (Dallas, Savanah), ou même photographier les pyramides d'Egypte, mais non. L'herbe n'est pas plus verte ailleurs, je n'ai ni besoin de prendre l'avion pour l'île de la tentation pour ressentir bien-être et dépaysement, ni la nécessité de pousser mon corps dans ses extrêmes limites (je ne me sents pas du tout prêt pour Koh Lanta !). Il me suffit juste d'effectuer quelques pas sur le sable chaud de Juan les Pins avec un regard détaché sur les maillots de bain bariolés ou même d'observer le panorama du haut du cap Esterel, et mon corps se relâche. Par ailleurs, se remettre au sport favorise une bonne sécrétion d'endorphines régulière et aide à sculpter sa silhouette : mon allure ne s'approche pas de celle de Musclor, mais je ne désespère pas ;-)
Le sevrage télévisuel fonctionne tellement bien (quel gain de temps dans une journée !) que je décide d'aller plus loin en supprimant tout média : C'est mon choix ! Cela consiste en réalité à ne plus lire de journaux, à ne plus écouter les radios d'information (juste de la musique) et bien sûr à éviter tout contact avec le journal de 20 heures (et même le journal du hard de la divine Clara Morgane, c'est pour dire !). Je prends ainsi le parti de me déconnecter d'un monde de manipulation axé sur le marketing du fait dit vert (surtout si on est écologiste). Alors que j'étais accroc à l'info, cette coupure me permet réellement de constater que ce qu'on nomme pompeusement "actualités" s'avère monstrueusement sans intérêt. Les enlèvements ou séquestrations d'enfants font traditionnelement la une, tout comme les petites phrases des guignols de la politique. Je considère ce gavage informatif comme de la pure propagande à but purement commercial, bienvenue à la culture pub ! Nos cerveaux sont lavés émotionnellement par des images toujours plus affreuses, dans le seul intérêt de vendre quelques dizaines de minutes de publicité avant Navarro. Cette distillation de news dans un ordre aléatoire me ravage le moral, produit de la haine en moi, du malheur, de la compassion, de la pitié. Elle se substitue à mes émotions réelles pour me faire croire que je vis. Elle me manipule. Dans le livre Guérir de David Servan-Schreiber (psychiatre) est expliquée une expérience avec un patient souffrant de stress. Grâce à l'étude de sa fréquence cardiaque, il est possible de savoir si le patient, Charles, est en cohérence (tout va bien) ou non. Le médecin montre que Charles atteint la cohérence cardiaque pendant 10 minutes en rentrant chez lui le soir lorsqu'il embrasse sa femme et ses enfants. Pourquoi seulement 10 minutes ? Parce que ensuite il allume la télévision pour régarder les informations. Sans s'en rendre compte, tous les sentiments négatifs véhiculés par l'image induisent en quelques secondes un chaos dans notre physiologie, soit une grande perte d'énergie vitale.
Vivre déconnecté, quel égoïsme délicieux ! D'ailleurs, "déconnecté" est un mauvais terme, "reconnecté" me parait plus réaliste. Reprendre contact avec son environnement, avec les autres, avec le bruit du ruisseau le long des pierres, avec les châtaignes qui tombent dans la forêt, quelle extase ! Malheureusement, le génie des experts de l'audimat implique que même en voulant s'extraire de l'influence des médias, des bouts de faits divers à la con parviennent à trouver le chemin de nos oreilles puisque évidemment tout le monde en parle à la pause de 16 heures. Dans ces circonstances, je fuis la cafétéria, cette zone interdite, je mets le turbo pour rejoindre l'ombre d'un pin face à la mer. Qu'est-ce que j'en ai à foutre qu'une lointaine inconnue ait été retenue en otage pendant huit ans ? Qu'est-ce que cela m'apporte comme information existentielle à ma vie ? N'est-ce pas un immonde voyeurisme pour un évènement qui ne regarde personne d'autre que la famille de la victime ? Ca se discute ...
Comble du destin, la semaine dernière, lors d'une rencontre endiablée de la NBA entre Dallas Maveriks et Chicago Bulls... sur ma X-box (oui ... je sais, je ne peux pas tout arrêter le même jour !), mon bel écran me lâche, préférant arborer de saillantes rayures roses et blanches. La garantie fonctionne toujours mais j'hésite même à le rapporter, peut-être que l'année prochaine je peux espérer faire l'économie de la redevance. Ciao les Mélissa Theuriau, Anne-Sophie Lapix, Laurence Ferrari et autres Marie Drucker, plutôt qu'un 7 à 8 je préfère nettement un 5 à 7 avec un petit strip-tease introductif ! ;-)
Merci de m'avoir lu, vous pouvez à présent reprendre une activité normale (ALLEZ BOSSER BANDE DE FEIGNANTS !!!!).
Par Ben
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