Samedi 26 août 2006, 13h30, supermarché du bord de mer, Alpes maritimes.
Elle a une tête à s'appeler
Mélanie, il existe toujours quelque chose de particulièrement bandant chez les Mélanie, il faut dire que je tripe sur les prénoms, prenez Caroline par exemple. La simple prononciation de ce mot suffit à déclencher en moi un processus d'excitation : la conséquence se matérialise par l'irrésistible envie d'une relation charnelle avec toute femme dont les parents ont eu le bon goût d'utiliser ce merveilleux nom, source d'inspiration des plus grands poètes contemporains (si si, souvenez-vous de Mc Solaar).Pourquoi les Caroline piquent-elles mon coeur pour devenir des fantasmes inassouvis ?
Ainsi, selon ma théorie des prénoms (aussi appelée théorie nominative empirique du Dr Ben dans la littérature scientifique), les Mélanie arborent en permanence un petit air coquin, et malgré tout innocent, qui transforme leur visage en un mélange de candeur et de malice tout à fait délicieux. Oui, elle doit s'appeler Mélanie, ce petit grain de beauté insignifiant coincé sous sa lèvre est LA marque de fabrique des Mélanie !
Mélanie passe des codes barres devant un lecteur optique à longueur de journées en conservant une joie sincère et une simplicité déroutante. Elle ne souffle pas devant un paquet de bougies anniversaire lorsque l'odieuse machine refuse d'afficher le prix, elle s'excuse aimablement d'un tendre regard savamment dosé, et les caresses offertes par ses yeux pétillants enterrent toute marque de réprobation. La caissière de chez Leclerc nuit à ma santé, mon corps lui est inféodé et elle a le pouvoir suprême de me déclencher des mini crises de tachycardie ... mon coeur s'emballe, mes paumes deviennentt moites, mon cerveau se vide.
Les clients l'aiment, ils patientent longuement rien que pour avoir l'honneur d'emporter des produits alimentaires frôlés par ses longs doigts manucurés. Les autres couloirs de caisses demeurent invariablement déserts, vides, inutiles, obligeant des hôtesses dépréssives à utiliser leurs mains sales pour décompter les billets. Elles donnent la nausée aux quelques téméraires qui osent les sortir de leur léthargie. Pendant ce temps, la jeune Mélanie tente de faire face à son légitime succès. Elle est humble, elle ne comprend même pas les raisons pour lesquelles tous les hétérosexuels du quartier se donnent rendez-vous devant sa caisse enregistreuse, elle rit face à tous ces sauvages bourrés du désir de la contempler en huis clos. Mis à part la facture, Mélanie ne calcule vraiment rien, ni la caresse de ses longs cheveux noirs et raides, ni ce sourire immense qui retrousse des lèvres charnues et délicates. Sa peau très blanche ne souffre d'aucune imperfections pourtant si courantes à son âge, elle est belle, lumineuse, naturelle, et le rayonnement de son visage ne nécessite même pas l'ajout d'une goutte de maquillage. Chaque millimètre carré de son épiderme, du petit orteil au cuir chevelu, donne envie de se damner sur le champ ! Face à un tel spectacle, la soudaine tentation de la prendre sauvagement au bord du tapis roulant, le désir de la rendre heureuse sur la caisse enregistreuse entraînent souvent la réduction du volume disponible au fond de mon caleçon.
Un an, putain un an que je viens toutes les semaines faire le plein de provisions ici juste pour rafraîchir le souvenir de ses traits délicats ! La vue de ses seins en forme de poires provoque toujours une émotion particulière : blottis à l'intérieur de son débardeur blanc moulant, ils contrastent parfaitement avec la pureté de son minois, ils m'appellent de toute leur force pour que je viennent les embrasser. Coincés dans un insupportable courant d'air, ses tétons durcissent et semblent me faire des signes. Raaaa ... il faudrait interdire les débardeurs blancs !
Parait-il que pour draguer une jolie fille il ne faut pas lui parler mais plutôt faire comme si elle n'existait pas. Qui a pondu une telle connerie ? Ça fait des mois que je l'ignore magnifiquement et pas l'ombre d'une ouverture, rien, nada, même pas un petit numéro de téléphone glissé sur le ticket de caisse (note pour plus tard : penser à vérifier le ticket de caisse !) ;-) C'est décidé, j'ai atteint l'âge de raison alors je dois entreprendre quelque chose, créer un dialogue, et surtout courir acheter "la drague de supermarché pour les nuls". Premier réflexe en entrant dans le magasin : je la cherche. A-t-elle changé d'horaires ? Travaille-t-elle toujours ici ? L'inquiétude monte tant que je ne détecte pas la forme de sa silhouette, conçue spécifiquement pour déstabiliser une clientèle peu aimable. Enfin, je l'aperçois, je savoure quelques instants, je contemple comme un bienheureux. Elle se tourne, elle me voit, écarte furtivement les yeux et un petit rictus quasi invisible m'indique qu'elle a "compris que j'avais compris qu'elle avait vu que j'avais vu qu'elle m'avait regardé comme elle m'avait regardé" ( L'amour dure trois ans). C'est le moment ou jamais, la voie se dessine, je dois y aller, mais mon caddy s'avère totalement vide. Je fonce au rayon "fruits et légumes", et devant tant de choix, j'hésite fébrilement entre la banane et les cucurbitacés pour finalement me rabattre sur une belle pomme rouge et ronde. Seul avec ma Granny, je nous prépare mentalement à affronter une épreuve digne d'une douloureuse piqûre chez le dentiste. La mort dans l'âme, nous nous présentons face à elle pour lui déclarer le fruit de ma passion :
" -Bonjour monsieur, vous n'avez que ça ? - Bonjour, effectivement, je viens spécialement pour votre pomme - ???!!? (il est fou celui-là) - Voulez-vous croquez la pomme avec moi et accessoirement seriez-vous disponible ce soir ? (Grosse grosse erreur stratégique ! Il fallait dire : Quel soir de la semaine êtes-vous disponible ?) - ... - ... (un ange passe) - NON (éclats de rire)" Bon, c'est ce qu'on appelle un faux plan à 80 centimes d'euros (la pomme est chère en été). Enfin, cette étape n'est qu'un sursis au célibat de Mélanie (mais est-elle célibataire ?), vivement la semaine prochaine que je construise une nouvelle stratégie ... Enfin, cela n'est rien par rapport aux deux filles que j'ai draguées hier soir et qui se sont révélées être lesbiennes au bout de deux heures de conversation.
Ndlr : Texte écrit et publié pour un autre blog cet été, mais je souhaitais le réutiliser pour fêter le premier anniversaire des chroniques de Ben.
Vous avez dit ...