Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie ...

Une fois n’est pas coutume, aujourd’hui, je vous propose un poème de Ronsard que j’aime beaucoup. Je pense l’avoir appris en 5ème et ce sonnet intemporel reste le seul gravé dans ma mémoire. Pourtant, si j’apprécie peu la devise latine « Carpe Diem » dont Ronsard fait l’éloge ici, je pense qu’il propose plus et notamment d’aller au bout de ses désirs et de construire son avenir en se jetant sans réfléchir dans la passion amoureuse. Bref, il s’est pris une veste (avec Hélène) mais s’avère pugnace et déploie tout son génie pour la séduire. Ah messieurs, si parfois on vous dit non, c’est aussi un prétexte pour nous montrer un panel plus large de vos atouts. Ronsard a bien compris l’utilité de tenter plusieurs approches.
Quand vous serez bien vieille... Ronsard impose une image insistante de la vieillesse et de la mort, qui s'oppose à la beauté passée d’Hélène. Le poète tente donc de présenter comme certain un avenir sombre, afin d'inciter la femme qu’il aime à jouir du présent avec lui. Ne retenez que le dernier vers : Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie, foncez sans réfléchir aux conséquences !
Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,
Assise auprès du feu, dévidant et filant,
Direz, chantant mes vers, en vous émerveillant :
«Ronsard me célébrait du temps que j'étais belle !»
Lors, vous n'aurez servante oyant telle nouvelle,
Déjà sous le labeur à demi sommeillant,
Qui au bruit de Ronsard ne s'aille réveillant,
Bénissant votre nom de louange immortelle.
Je serai sous la terre, et, fantôme sans os,
Par les ombres myrteux je prendrai mon repos :
Vous serez au foyer une vieille accroupie,
Regrettant mon amour et votre fier dédain.
Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain :
Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie.