Dans la cuisine, une douce odeur de chèvre chaud se propage lentement, la salade est épluchée et mélangée à une petite vinaigrette agrémentée de persil. L’horloge numérique indique 20h03 lorsque deux coups francs séparés d’une demi seconde s’abattent sur la porte d’entrée. Roberto, vêtu d’un large pardessus noir et d’une grande écharpe beige, affiche un large sourire alors qu’une rafale de vent s’abat dans la cour. Je le fais entrer, nous sommes assez intimidés tous les deux et pour détendre l’atmosphère, je lui propose de faire le tour de l’appartement. Je commence par la chambre, il regarde attentivement la photo représentant une partie des membres de ma famille puis nous passons au salon et il s’arrête net, impressionné par mon tout nouveau poste de télévision : un écran plat LCD de 80 cm que j’ai acheté le week-end dernier. Il commence alors à tester toutes les options, régler les chaînes que je n’avais pas eu le temps de sélectionner, couper l’écran en deux pour afficher d’un côté le DVD et de l’autre une chaîne hertzienne …

Finalement, un peu déçue qu’il manifeste plus d’intérêt à un objet qu’à moi, je coupe l’image, le son et les lumières pour faire briller trois belles bougies sur la table. Je nous sers un large whisky coca dans l’objectif d’atténuer nos inhibitions et nous commençons par bavarder sur divers thèmes, concernant notamment les différences culturelles entre italiens et français. Au fur et à mesure du repas, les verres se vident, les pieds s’efflorent, et son pouce caresse lentement ma main gauche. J’avoue ne pas comprendre continuellement tout ce qu’il me dit mais je suis absorbée par ses paroles, en fait je dirais plutôt enivrée par le timbre exotique de sa voix et les scintillements de ses yeux bruns. Je lui propose de prendre le dessert sur le canapé et j’en profite par la même occasion pour lancer via Winamp quelques bons morceaux de Norah Jones, l’instant ressemble à un vrai moment de perfection lorsque s’exécute « Don’t know why ». Il me propose alors sa cuillère pour goûter le délicieux fondant au chocolat et j’en oublie la douloureuse pesée du matin lors de la visite médicale (1 kg de trop ! Tant pis, je suis trop gourmande). L’assiette finie, il me prend tendrement dans ses bras, me frotte un peu pour dissiper des petits frissons d’excitation et se décide enfin à m’embrasser pour la première fois, un baiser violemment doux, imprégné de désir et de sensualité, avec un léger goût de menthe chocolatée (quelle bonne idée d’avoir mis trois feuilles de menthe sur le gâteau !) et une langue ferme me titillant les lèvres. Après ce pur moment de magie, cet instantanée intemporel, Roberto me câline pendant une petite heure, caresse avec sa bouche mon coup, mes bras, mon ventre, mes jambes et mes seins, puis sur la merveilleuse mélodie d’ « Hôtel California » (unplugged s’il vous plaît !), il remet tranquillement sa chemise blanche et ses chaussures, m’embrasse langoureusement en me souhaitant une bonne nuit et s’évapore instantanément dans l’obscurité. Un peu surprise et décontenancée par la précipitation de son départ, je ressens un manque, le besoin d’une étreinte, et je me dis qu’un des grands théorèmes de la vie, et qu’étrangement beaucoup d’hommes ignorent, c’est que les femmes aussi ont envie de faire l’amour. Au moins, lorsque notre partenaire s’avère trop entreprenant, nous pouvons le faire attendre puisque nous sommes rassurées de notre pouvoir de séduction mais s’il ne propose pas l’acte, si ses intentions demeurent pures, nous nous sentons rejetées et un profond désir inassouvi renforce arbitrairement nos sentiments. Finalement, seule au milieu du salon, j’évacue le feu qui me dévore de l’intérieur en débarrassant la table et en nettoyant la vaisselle L
Roberto, rappelle-moi le plus vite possible, c’est inhumain de me laisser plantée comme ça. C’est inhumain. Je ne mérite pas ça. Personne ne mérite ça. Vivement notre prochain rendez-vous, car décidément mon étalon italien cultive patiemment l’art de la séduction.