
NDLR : on va moins rire qu’hier ! J
Les évènements proches orientaux qui se succèdent depuis de nombreuses années, la montée en puissance du terrorisme islamique et la victoire du Hamas lors des dernières élections palestiniennes m’ont donnée l’idée de m’intéresser à un mythe persistant : la fameuse politique (pro) arabe de la France.
« Ce n’est pas d’hier que les Arabes et les Français se sont rencontrés : les relations entre le monde arabe et la France remontent à plus de treize siècles puisqu’on retrace les premiers rapports à ces liens qui se sont tissés entre Charlemagne et Haroun El Rachid » (Allocution de Aly Maher Elsayed). Mais, ceci amène à la question suivante : Qu’est – ce que le monde arabe ?
Ce monde a évolué au cours des siècles et nous pourrions dire aujourd’hui qu’il est représenté par un ensemble d’Etats, pas forcément alliés, qui est : Algérie, Arabie Saoudite, Afghanistan, Bahreïn, Comores, Djibouti, Egypte, Emirats Arabes Unis, Irak, Iran, Jordanie, Koweït, Liban, Libye, Maroc, Mauritanie, Oman, Qatar, Palestine, Somalie, Soudan, Syrie, Tunisie, Yémen.
A travers les siècles, la France et les pays arabes se sont affrontés, fait la guerre, la paix, ont développé le commerce, ont mis en commun leur culture si bien que l’on peut penser que certains liens nous unissent. C’est pourquoi on entend souvent parler d’une possible existence de la politique arabe de la France , quelque soit la majorité au pouvoir. Elle fait soi-disant partie de la vie diplomatique même si on peut remettre fortement en cause cette existence. On en revient toujours au Général de Gaulle, son supposé fondateur. Celui-ci avait pour ligne directrice d’accomplir une « certaine idée de la France » lui permettant de s’imposer sur l’échiquier international. Son but était de faire retrouver à la France le poids qu’elle avait eu dans les diverses régions du monde, de tisser des liens étroits avec ce nouvel ensemble qu’est le Tiers-Monde et ceci malgré la décolonisation, d’assumer les échanges en hydrocarbures et prendre ainsi conscience des réalités économiques.
Cependant, depuis cinquante ans, la France a plusieurs fois modifié sa ligne politique en ce qui concerne le Proche-Orient, elle a tenté de développer des relations avec les Etats arabes tout en maintenant des liens étroits avec Israël, si bien que l’on peut qualifier le comportement de la France de « politique de bascule ». Ces dernières années ne manquent pas de ruptures quant à la diplomatie de notre pays au Proche-Orient. De plus, on peut même se demander si la France élabore une véritable politique avec le monde arabe, car ce terme implique à la fois globalité, continuité et homogénéité. Par ailleurs, est – il possible d’envisager une politique cohérente envers un monde arabe qui manque d’unité, qui a des seuils de développement différents et qui est déchiré par la guerre ? Il faudrait alors parler de politiques arabes. En effet, pour qu’il y ait une politique arabe de la France , il conviendrait qu’il existe une « nation arabe » ou à la rigueur une « communauté arabe » au moins un peu structurée. Or, il n’en est rien, la Guerre du Golfe I l’a d’ailleurs montré clairement : il existe des Etats arabes obéissant chacun à une logique nationale souvent antagoniste de celle du voisin. Alors, pourquoi certains hommes politiques se bornent-ils à affirmer que cette fameuse politique arabe existe ? C’est tout simplement pour maintenir le rang international de la France
Jacques Chirac prétendait en 1996 lors d’un de ses déplacements proche-orientaux : « La politique arabe de la France doit être une dimension essentielle de sa politique étrangère. Je souhaite lui donner un élan nouveau, dans la fidélité aux orientations voulues par son initiateur le général de Gaulle. “Tout nous commande” disait – il dès 1958, “de reparaître au Caire, à Damas, à Amman et dans toutes les capitales de la région, comme nous sommes restés à Beyrouth : en amis et en coopérants”. Cette vision continue de guider la politique arabe de la France ». Ce discours montre bien que Monsieur Chirac voudrait, en prétendant avoir des relations très particulières avec les Etats arabes, s’immiscer comme un interlocuteur privilégié au sein de la vie diplomatique internationale, c’est d’ailleurs pourquoi il aimerait devenir médiateur dans le processus de paix. Son objectif est le même que celui de son maître à penser, de Gaulle : s’imposer sur l’échiquier international. Seulement, certains se demandent : « de quoi la France se mêle-t-elle ? » Il se trouve que les Français se croient experts en arabisme et en diplomatie et aimeraient ainsi concurrencer les Américains. Je pense donc qu’il n’existe entre la France et le monde arabe que des relations opportunistes et que parler de politique arabe de la France a autant de sens que de parler d’une politique noire, d’une politique francophone, d’une politique sud-américaine ou d’une politique juive de la France.
Finalement, je soutiens la thèse suivante : Il n’y a pas de politique arabe de la France mais seulement une succession d’illusions, de mythes. Effectivement, si le terme « politique » suppose une sorte de dessein raisonné, un plan, une cohérence quelconque alors le terme « politique arabe » devrait signifier l’intérêt de la France pour le monde arabe au delà du conflit Israélo – Arabe et un désir de promouvoir des liens d’amitié et de coopération multidisciplinaires. Une « politique arabe » serait une politique de compréhension et de soutien aux efforts du monde arabe, d’assurer le progrès et le développement économique, culturel et social. Or, si la France semble entretenir, parfois, de bonnes relations avec les pays du Maghreb et du Proche – Orient par la signature d’accords diplomatiques, culturels, financiers et commerciaux, les objectifs non avoués sont les hydrocarbures ainsi que le développement de l’influence de la France sur la plan international. Comment envisager dans l’avenir les liens unissant la France au « monde arabe »? Effectivement, si celui-ci se développe au niveau industriel et économique, et que les Etats le composant s’unissent, ils seront moins dépendants de la France. Ainsi , celle-ci ne pourra plus aussi facilement se fournir en pétrole et sera contrainte de traiter d’égal à égal.
Cependant, on est encore loin d’une harmonie parfaite entre les nations arabes à cause des instabilités politiques constantes et des différentes vitesses de développement. De plus, il se peut que dans les années à venir, leurs ressources pétrolières s’appauvrissent et il sera alors intéressant d’observer le comportement adopté par la France dans ces circonstances : les hommes politiques prétendront – ils toujours qu’il existe une politique arabe de la France ?
Mel