« Le foot, le foot, le foot : la France est foutue » (Guy Bedos)

Mardi 25 avril 2006, Dieu annonce sa retraite à 34 ans : mince, je croyais que Jésus s’était éteint à 33 ans, c’est trop tard ! Je veux dire par là que la personnalité préférée des Français, l’idole du peuple, le rassembleur des générations annonce la fin de sa carrière après la coupe du monde, Zidane met un pied dans la tombe médiatique. Mais bordel de merde, qu’est-ce qu’on en a à foutre ? Ca fait deux jours qu’on nous bassine à longueur de journaux avec cette nouvelle sans intérêt, deux jours pendant lesquels le monde s’est arrêté de tourner pour pleurer un footballeur milliardaire. Je crois qu’il faudrait m’appeler « Madame Soleil » parce que ce scoop incroyable je l’avais prédit ! Franchement, à son âge avancé, il commence même à ressentir des difficultés pour se mouvoir alors vous ne pensiez tout de même pas qu’il allait participer aussi à
J’ai la cruelle impression qu’il ne se passe absolument rien en France et que tout va tellement bien que les médias se doivent d’ouvrir le journal télévisé sur le départ de Zizou. Effectivement, la situation économique est en pleine croissance, il n’y a aucun chômeur en France, le coût de la vie décroît, notre gouvernement s’avère populaire, source de propositions innovantes, et profondément soutenu par la rue si bien que notre seul souci aujourd’hui devient le foot ! Ah oui, je suis tout de même bien embêtée, ma vie misérable risque un bouleversement profond avec le départ précipité du Picasso du ballon rond, mes nuits vont malheureusement se raccourcir à la pensée de l’enfant chéri claquant ses millions au soleil des Bahamas avec femme et enfants. Et puis surtout, je ne parviens pas à cacher ma sincère peine à l’idée que ce magicien ne signera jamais un contrat professionnel à Marseille, sa ville natale ! J’ai presque la larme à l’œil, trop d’émotion d’un coup …
Quand les journalistes vont-ils arrêter de nous prendre pour des cons ? A moins que nous le soyons vraiment … il faut bien admettre que Zidane possède un prestige sans limite, il va bientôt être canonisé par le pape s’il continue sur ce chemin. Je pense qu’il a l’étoffe du modèle d’avenir pour la jeunesse, il bénéficie par exemple d’une aisance orale hors norme, d’une intelligence à vous surprendre et surtout il a inventé le fil à couper le beurre … Quand va-t-on arrêter de s’extasier devant un type en short et en chaussettes remontées jusqu’au genoux et qui tape de toutes ses forces dans un ballon ? Je n’ai rien contre ce sportif mais j’aimerais qu’on fasse l’éloge d’autres citoyens qui font beaucoup pour notre Nation, parce que ce n’est pas en courant derrière la baballe que Zidane va changer quelque chose à notre avenir. Glorifions l’image des chercheurs, des prix Nobels qui inventent le futur, des créateurs d’entreprises, des audacieux, de tous ceux qui oeuvrent pour la bonne cause dans l’ombre. Se contenter de mettre des sportifs sur un pied d’estale reflète le syndrome d’un pays à la dérive.
Lorsque je vois ces supporters galvanisés et ivres de joie ou de rage, je me dis qu’il leur manque une case. Karl Marx disait que la religion est l’opium du peuple, mais en 2006 la religion des Français se matérialise dans leur équipe de football et crier devant un match tendu leur permet d’oublier la réalité du quotidien. Ce sport ne représente qu’un moyen d’extérioriser ses émotions, d’être heureux un instant sans penser que celui-ci ne possède aucun autre intérêt que le plaisir instantané. Moi aussi j’ai eu la chair de poule le 12 juillet 1998 lorsque la balle a franchi puissamment, par trois fois, les filets brésiliens. Moi aussi j’ai crié, et je vais même admettre honteusement que moi aussi je me suis rendue à Clairefontaine, au centre d’entraînement de l’équipe de France, juste avant le départ pour la finale. J’ai vu le crâne chauve de Barthez, les yeux brillants d’Henry et surtout 5000 autres supporters qui m’étouffaient contre l’autocar. Pour être complètement honnête, je vais tout de même avouer que ma visite aux « bleus » ce jour là n’est due qu’au hasard, un simple concours de circonstances, je me baladais juste dans les bois quand je suis tombée sur un amas d’hystériques « bleu blanc rouge » chantant « I will survive » dans un déluge de mauvaises notes. Finalement, « j’y étais » mais je ne l’ai même pas fait exprès ! J
Voilà, un léger coup de gueule pour préciser que l’actualité ne se résume pas à l’ « Equipe » et que je ne supporte plus le populisme télévisuel et la bataille du scoop. Par ailleurs, je m’inquiète pour tous ces gens qui organisent leur vie autour de l’idolâtrie imbécile d’un sport. Ainsi allons-nous pouvoir nous délecter ce week-end d’une grande confrontation PSG-OM au stade de France, qui se joue non pas sur le terrain mais dans les coulisses, merci de nous proposer un programme familial basé sur du cassage de voitures, lynchage de supporters adverses, mais aussi chants nazis, saluts fascistes, fumigènes explosifs ! Vive le sport et courage aux CRS …