Je ne taime pas lecteur anonyme
Tu viens parfois, souvent, tous les jours, tu rafraîchis la page machinalement. Caché derrière l’écran de l’ordinateur, tu te connectes sournoisement, à l’abri du regard de tes collègues, tu n’es pas payé à surfer mais ton boulot ne te stimule pas des masses. Tu possèdes un parcours blogosphérique bien précis et tu navigues toujours dans le même ordre : d’abord Nicolin, puis Nina, puis Versatile, puis Mel, …. Parfois, tu t’autorises l’exploration d’un nouveau lien, plutôt le vendredi, c’est jour de fête, la fin de semaine approche, tu as bien le droit de te détendre un peu le cul fixé dans ton fauteuil, la tasse de thé dans la main gauche, la souris dans la main droite. Tu lis à toute vitesse, en diagonale, mal, tu sélectionnes les mots gras, vicieux, les mots qui t’émoustillent, tu as besoin de sortir du quotidien, de t’évader. La fenêtre grise à ta gauche donne sur le périphérique, bondé, bruyant, la fenêtre de
Par contre, tu ne laisses jamais de commentaires car la manipulation des touches de ton clavier te paraît vraiment trop compliquée … Pourquoi les lettres inscrites ne sont-elles pas placées dans l’ordre alphabétique ? Ca fait à peine une semaine que tu maîtrises pleinement la molette de ta souris, il ne faut pas trop t’en demander non plus. Au moins, dorénavant, tu peux faire défiler le texte, et grande première tu es capable d’accéder à la fin des articles. Félicitations ! Par contre, commenter s’avère une action complètement folle, irréalisable. Il faut dire que tu as beaucoup de difficultés à te forger une opinion par toi-même et que de toute façon tu es toujours d’accord avec l’auteur, pourquoi essayer de faire avancer le débat ? Toi, tu préfères prendre sans jamais donner, sans jamais t’investir, sans jamais marquer ton accord ou ta désapprobation. De toute manière, tu n’as pas l’habitude de donner ton avis, ce n’est qu’une goutte d’eau perdue dans l’océan, d’ailleurs tu ne votes pas … A quoi bon ? Tous les mêmes ! Tout ce que tu désires au fond c’est passer inaperçu, qu’on te laisse tranquille, en léthargie, tu te persuades même que le blogueur se moque totalement de ce que tu penses.
Tu ne m’intéresses pas lecteur anonyme, va-t-en, déserte mon blog ! Je vois tous les jours ton IP passer, je vois les articles que tu aimes lire, ceux que tu écartes. Tu travailles au Monde, à Télérama, chez Microsoft, Bull, Lapeyre ou Saint Gobain, tu étudies à l’université de Strasbourg ou à HEC, et tu te fonds dans la masse comme 90% des lecteurs, incapables de signaler leur présence. Je ne t’aime pas, tu ne sers à rien, tu lis et tu ne critiques pas, tu es égoïste. En ce moment tu te dis même : « Mel se relâche vraiment, elle n’écrit plus qu’une fois par semaine, il y a du laisser-aller ». Crois-tu vraiment que ton attitude me donne envie de continuer ? Les « comms » sont le salaire du bloggueur, il ne faut pas l’oublier …