Les deux modèles du monde
La vision traditionnaliste et dualiste du monde, utilisée par l'ensemble des religions, peut se résumer de la façon suivante : Un être unique, Dieu, le Créateur, se situe au dessus de l'ensemble des humains, il leur est extérieur. Les humains se doivent de répondre aux demandes de Dieu pour l'amadouer et espérer une vie meilleure, c'est une manière de ne pas prendre sa destinée en main en croyant qu'elle est figée par un être supérieur. Malheureusement, comme personne ne connait Dieu, personne ne sait réellement ce qu'il attend des humains. Par conséquent, ces derniers tentent de faire des efforts pour lui plaire sans savoir ce qu'il recherche. Ainsi limitent-ils leur liberté et leur créativité en attendant tout d'un être imaginaire.
La vision unitaire du monde propose une orientation complètement contradictoire. A l'origine, un point d'énergie unique constituait l'univers. Ce point unique, seul, abandonné, ne pouvait pas vivre que pour lui-même, il nécessitait la confrontation avec l'Autre. Aussi, ce point s'est-il éclaté pour construire un univers en expension et tout ce que nous pouvons observer aujourd'hui est issu de cet ancêtre commun, pourtant un simple point d'énergie. Par conséquent, tout ce qui existe est une part de nous même, une part de ce point originel qui a décidé d'exploser. Si je nomme ce point, à l'origine de la création de l'univers, Dieu, alors je suis moi-même une part de Dieu comme tout ce qui m'entoure. Je fais parti d'un ensemble qui constitue Dieu, je suis Dieu, tu es Dieu. Or, si je suis Dieu, je suis moi-même un créateur par définition. Que dois-je créer ? Ma propre vision du monde, celle qui constitue ma réalité, celle qui me permet d'être complètement moi-même. Pourquoi ne serais-je pas moi-même ? A cause des blessures et des masques utilisés pour refouler ces blessures. Pourquoi ces blessures existent-elles ? Comment pourrions-nous évaluer le bonheur si nous naissions déjà heureux, le bonheur ne s'évalue pas car son échelle de mesure reste ouverte. Les blessures servent donc à nous faire comprendre qui nous ne sommes pas jusqu'à leur disparition, jusqu'au moment où le sens de la vie devient évident, où le chemin est tracé. Alors nous pouvons être nous-même, être heureux, et pour savoir que nous vivons pleinement notre identité, le répère devient l'absence de blessure. Comment guérir des blessures ? En changeant sa vision du monde, en créant celle qui nous correspond, en ne fixant pas de limites et de barrières, en détruisant ces masques et en regardant les autres comme nous-mêmes. Lorsque l'on voit la paille dans l'oeil de son voisin, ce regard se pose sur nous-même, puisque l'autre c'est aussi moi, nous sommes un et indivisible. Donc, lorsque je juge autrui, je me juge moi à travers mes masques et mes angoisses. Pour apprendre à être soi, pour changer, il faut prendre conscience du Dieu que nous sommes, de notre perfection sans les blessures, de notre immense pouvoir sur nous, notre corps, et sur les autres. Nous avons une mutuelle influence entre nous tous car nous ne sommes qu'un, et si je te souris alors tu répliquera de la même manière. Les blessures provoquent la peur et la protection, la protection n'est qu'un masque qui fausse les rapports avec l'extérieur, l'intérieur de soi. Réussir à détruire cette protection, cette inhibition, permet de se réconcilier avec nos semblables et donc avec nous-même; nous n'avons plus peur de nous. Si je suis une part de Dieu alors tout est possible, il suffit de m'interroger sur ce que je veux vraiment pour construire mon monde. Aimer les autres, c'est s'aimer soi-même. Les autres, c'est moi ! Ce que l'on rejette chez autrui stigmatise nos propres peurs, nos propres défauts, l'autre n'est qu'un miroir de soi.
Ainsi, le big bang c'est Dieu, le big bang c'est mon ancêtre, le big bang c'est moi, le big bang c'est toi, il n'y a rien d'extérieur au big bang. En croyant en un Dieu extérieur, on devient à la fois la victime d'une loi inconnue, mais aussi des bourreaux, qui au nom de Dieu font respecter cette loi et espèrent la clémence divine. La véritable loi consiste à être soi-même, à faire exprimer son moi dépourvu de masques et de blessures, la véritable loi consiste à se comporter comme des Dieux, à traiter l'autre comme on se traitre soi-même puisqu'ils ne sont qu'un, c'est à dire à prendre conscience de son pouvoir créateur. En se comportant comme un Dieu, nous prenons conscience que nous en sommes un, nous l'avons toujours été mais nous l'avions oublié. Tout ce que je cherche se trouve en moi et dans mes semblables. En souriant aux gens, je me souris, je crois en moi, je créé du plaisir, de la joie, je m'aime, je t'aime. Je dois te regarder comme je me regarde et je m'aime et je m'accèpte exactement comme je suis parce que je suis parfait et à l'image de Dieu.