Les jobs d’été ou la découverte d’un monde de chacals

Publié le par Mel

En ce petit matin glauque, le réveil est un vrai calvaire. Je fais l’effort de quelqu’un qui recouvre un peu ses esprits et j’essaye de me situer dans le temps : nous sommes le lundi 5 juillet 1999 et l’horloge indique 5h45. L’année scolaire s’est achevée quelques jours auparavant et je n’ai pas encore réussi à récupérer des soirées arrosées qui en découlent. Seulement, il faut se lever car cette année j’ai décidé de mettre mes vacances à profit en travaillant pendant un mois et demi. Une heure de préparation est nécessaire pour faire une bonne impression le premier jour si bien que je dois courir à toute allure afin d’attraper le RER de 6h43 pour 75 minutes de trajet, direction Bagneux. Arrivée à la station « Arcueil – Cachan », je recherche l’adresse et l’itinéraire de ma destination mais malheureusement j’ai tout oublié sur mon lit ! Du coup je me perds dans cette ville dortoir, sans âme, un chien errant me suit, j’ai peur, et j’arrive, en sueur, devant l’immeuble de ma nouvelle société avec trois quarts d’heure de retard. Serge B. m’accueille avec dédain, le manque de ponctualité ne lui plaît pas. Le personnage est froid, naturellement froid mais en grand professionnel il sait décrocher des sourires quand il en ressent le besoin chez son interlocuteur. Par ailleurs, il semble ambitieux, dynamique et réactif, c’est le chef tout puissant du service XXXX. Il m’explique en deux mots le principe de mon job d’été : je dois remplir le rôle d’une secrétaire c'est-à-dire lui apporter le courrier, faire le standard pour tout le service, trier les fiches de paie, les remboursements de cartes oranges, gérer les fournitures … bref, un travail vraiment palpitant L ! Heureusement, j’ai à ma disposition un grand bureau, un ordinateur avec Internet (à condition de réussir à dérober le mot de passe d’un employé), 3 téléphones et les boissons gratuites à volonté. Je passe par une boite d’Interim (V….. B.s) et la rémunération s’avère relativement correcte : 10000 Francs / mois pour 39 heures hebdomadaires plus les frais de transport remboursés. Monsieur B. (oui, c’est la vieille école, on ne tutoie pas le patron et on l’appelle Monsieur …) me présente le service et ses activités, je ne comprends absolument rien à son discours. Pourquoi utilise-t-il un charabia pareil ? Il fait compliqué pour en mettre plein la vue, il choisit son vocabulaire pour se donner plus d’importance, bref il utilise une espèce de novlangue, indéchiffrable sans pierre de Rosette, et je ne m’appelle pas Champollion. Pour chaque acronyme utilisé (et il y en a au moins 3 par phrases !), je stoppe la conversation et note la définition sur mon cahier, à la fin du stage j’aurais pu sortir un dictionnaire intitulé « Le petit Mélanie Illustré ». Finalement, l’objectif consiste à faire croire à ceux qui savent ce que ces acronymes signifient qu’ils appartiennent à une minorité privilégiée, celle des initiés qui sont vraiment dans le coup. La présentation de la société effectuée, Monsieur B. m’introduit auprès de ses collaborateurs :

 

 

- Michel L, bras droit de Serge B, véritable éminence grise du service. Son intelligence n’a d’égale que son hypocrisie. Il paraît souriant, dynamique, boute-en-train voire quelque peu paillard. C’est le premier à mettre l’ambiance à la cantine et à descendre les bouteilles lors des pots de départ en vacances. Tout le monde semble ami avec lui, personne n’hésite à lui confier ses petits tracas. Seulement, ce chacal en profite pour réaliser un véritable inventaire de toutes les confessions de ses collaborateurs et n’hésite pas à les utiliser en cas de problème. En tant que secrétaire, au milieu de tous les salariés, je suis susceptible d’assister à toutes les conversations, même celles où Michel vient faire son rapport à Serge et en profite pour dénoncer les agissements de ses camarades. Pour avoir une augmentation il serait prêt à vendre père et mère !

 

 

- Sylvain D, le franchouillard cadre de base. Il paraît lisse, uniforme, invisible. Personne ne le remarque, et personne ne sait quel est son travail. L’avantage est qu’il peut quitter à 15h00 tous les vendredis après-midi, personne ne s’en rend compte. Il est ni beau ni laid, ni jeune ni vieux, ni grand ni petit, il n’a pas d’odeur, pas d’avis, pas d’ambition, pas d’objectif … sa seule volonté est de rester assis à son bureau jusqu’à sa retraite, avec un salaire fixe tous les mois pour payer le crédit sur 20 ans de sa petite maison à Argenteuil. Son seul loisir consiste à partir avec sa femme et ses deux enfants tous les étés à La Grande Motte , il est heureux deux semaines par an, après tout, c’est déjà pas si mal.

 

 

- Aurélien de M, le commercial beau parleur. Aurélien est beau et il le sait, il passe sa journée à en jouer. Il possède même un petit miroir dans le premier tiroir de son bureau, et toutes les deux minutes il vérifie que son brushing est en ordre ou qu’un bouton ne vient pas de pousser sur son nez. Avec lui Narcisse n’est plus un mythe mais une réalité. Il vient tous les jours habillé d’un costume trois pièces, il se fait détartrer les dents toutes les deux semaines et avec son sourire parfait il se prend un peu pour Patrick Sabatier. Il passe son temps à flatter les autres pour se rattraper de ses bourdes, c’est un pur esprit parisien de bonne famille pour qui la province commence à Neuilly … Autant dire qu’il ne proclame pas haut et fort à son élitiste cercle d’amis que son poste est basé à Bagneux, ville sans intérêt de la banlieue sud. Aurélien a la manie de tripoter tous les êtres féminins de la compagnie, passant sans classe de l’une à l’autre. Il est même parvenu à me séduire, la première semaine (je ne m’étais pas rendue compte de son petit jeu). La parade nuptiale commence simplement par une main posée sur un genou, l’air de rien, puis sa paume qui effleure ma fesse droite en passant devant la photocopieuse, et enfin son bas ventre se rapprochant du mien dans l’ascenseur (on bosse au septième !). Seulement, Aurélien fait parti de cette catégorie d’hommes qui n’assument pas leurs actes, il parvient à ses fins avec moi (dans le local à fournitures dont j’ai la clé …) en toute discrétion (ce fut tellement rapide qu’on n’a même pas eu besoin d’enlever les vêtements) et ensuite il ne te connaît plus, te regarde plus, tu n’existes même plus à ses yeux, tu peux seulement te taire et lui servir le café ! Dommage pour lui, je suis très maladroite de nature et son café a atterri sur sa belle chemise blanche … Mille excuses, connard !

 

 

- Stéphane G, embauché en CDD de 6 mois, il est jeune, pas très beau (le visage un peu déformé par une maladie de peau juvénile), timide voire un peu replié sur lui-même. Pourtant, ce garçon vaut le coup, sous ses airs de chien battu se cache une crème d’une gentillesse inouïe. Après quelques discussions passionnantes, on se rend compte que c’est le seul à posséder un brin d’humanité dans cette société, il se révèle très intelligent, subtile, prévenant, drôle et surtout il sait rire de lui, qualité rare. Stéphane a su être présent pour me consoler de l’arrogance d’Aurélien et j’ai finalement craqué pour lui, c’est vraiment quelqu’un de formidable.

 

 

- Sabrina Z, pétasse blonde aux yeux bleus, maquillée comme un camion et certainement siliconée. Hautaine, elle ne traîne pas avec les stagiaires et préfère flatter le directeur. Elle s’habille tellement court et transparent que tous les jours Aurélien organise des paris pour déterminer la couleur de son string ficelle. Ambitieuse, ses dents rayent le parquet en présence de la hiérarchie et elle n’hésite pas à cracher son venin sur ses subalternes. Sabrina est avant tout une stressée de la vie, fumant clope sur clope, et se contient pour ne pas exploser à longueur de journée. Avec sa langue de bois, elle peut parler des heures en disant tout et son contraire, en sachant bien que ses interlocuteurs ne sont pas dupes. La promotion canapé reste son seul espoir d’évoluer dans l’entreprise.

 

 

Voilà pour les personnages dont je me souviens bien, pourtant des nombreux autres salariés oeuvraient dans le service : je vous épargne le cinquantenaire aux cheveux gras délégué CGT, la dépressive chronique qui cumule plus d’arrêts maladie que de jours de présence, le glandeur qui passe son temps à lire « l’Equipe », ainsi que la bande de machos qui se racontent, à la cantine, la manière dont il ont « honoré bobonne » la veille et qui passent leur temps à s’échanger des cassettes interdites aux mineurs.

 

 

Qu’ais-je appris durant 6 semaines ? Beaucoup sur la nature humaine, un peu moins sur le fonctionnement d’une société. Je me suis rendue compte que de nombreuses personnes qui se prétendent débordées passent en fait des heures en pause à discuter, je crois que la productivité décroît avec l’âge. J’avais le temps de faire le travail quotidien de l’employée que je remplaçais en moins du deux heures, et je consacrais le reste de la journée à t’chatter sur Caramail. Finalement, les choses n’ont pas vraiment changé …

 

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Publié dans Moi

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I
bonjour Mel. Cet article me rappelle étrangement un job d'été dans un centre d'affaire...J'y ai passé la majeure partie de mon temps à lire, naviguer sur le net ou à papopter avec une charmante demoiselle qui occupait le bureau juste à côté de moi. Comme toi, j'avais termniné le travail en deux fois moins de temps que celui que je remplaçais et le pire c'est que cela ne choquait personne de me laisser " glander" le reste de la journée... J'y ai aussi connu mon lot de représants de notre bonne société: le boss autoritaire, mais toujours absent qui fricotait avec une petite jeune hautaine et peinturlurée, l'employé modèle qui travaillait non-stop toute la journée sans lever la tête de son pc, le vieux aigri par son travail, à qui on ne pouvait décrocher un sourire et enfin ma charmante voisine qui profitait de l'arriver de "viande fraîche", à savoir moi, pour se distraire et me raconter toutes les confidences sur ses collègues....Comme tu dis si bien, les choses ne changes pas...A bientôt, bisous.
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M
C'est beau la vie active !
C
ah oui c'est ennuyeux, c'est sur, mais tu es trop modeste parce que arriver à faire tous les exercices sans suivre les cours,ça démontre tout de même des capacités intellectuelles exceptionnelles. Dommage que tu ne t'en serves pas pour améliorer la vie du commun des mortels. ( ne te vexe pas, tu sais je dis la même chose à mon compagnon qui selon moi a gaché son talent, il est fonctionnaire, alors qu'il aurait pu être chercheur, médecin, nouveau bill gates, nouvel Einstein, que sais je)
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M
"Dommage que tu ne t'en serves pas pour améliorer la vie du commun des mortels" : je crois que tu sur-estimes largement mes capacites !
C
mel, tu as quand même fait des etudes sups en maths sup si j'ai bien suivi, alors ne raconte pas que tu etais mauvaise en sciences. Peut être que ça ne t'interessait pas, mais tu as eu les capacités pour y arriver. Moi malgré mes efforts je n'y suis jamais arrivée. Tu
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M
Moui ... des capacites ... je n'en suis pas convaincue. Comme je dis, je n'ai jamais reussi a suivre un cours de maths de ma vie, je ne savais pas faire les exercices quand on m'envoyait au tableau ... pourtant a la composition j'avais plutot de bonnes notes, mais c'est parce que je faisais du bachotage la veille. En math sup, je dormais pendant les cours tellement c'etait ennuyeux ... les profs presentent juste une succession de formules, il ne savent pas raconter les maths, c'est ca qui est interessant.
B
ds > Il est en bas à gauche.
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M
Bien vu !
D
Lors de mon premier emploi, j'ai moi aussi plus appris que la nature humaine que sur la mission en elle même...en fait j'ai découvert que l'hypocrisie était partout...quoi j'étais naive ?! pff non !lol <br /> <br /> Dis moi, miss, j'ai raté ton âge ou tu ne le dis pas ?
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M
T'as rate : 25 ans !