La volatilité des médias
Avez-vous entendu des noms d’oiseaux en écoutant les actualités ces derniers temps ? Pas l’ombre d’une grue à l’horizon. Les corbeaux ne font plus peurs, les volailles semblent redevenues fréquentables et les canards ne diffusent plus en première de couverture des avertissements inquiétants contre la grippe aviaire ! Pourtant, certains prévoyaient déjà l’apocalypse, la multiplication des malades et la mise en quarantaine de villages entiers. Les scientifiques ont encore eu complètement tort de rechercher la solution dans un médicament, l’antidote se cachait simplement dans les mains de notre futur ex-premier ministre, le sieur Dominique de Villepin. Euréka ! Il a trouvé ! Une bon CPE voté à l’assemblée Nationale possède des vertus exceptionnelles contre la diffusion du H5N1. La preuve : les jeunes peuvent à nouveau se rassembler dans la rue, marcher, défiler, courir, piller … plus besoin de rester cloisonné au fond de son HLM parisien à guetter l’arrivée d’un éventuel pigeon à plumer.
Ce matin même, j’avais déjà oublié l’existence de ce virus ; comme vous tous je suis conditionnée par les informations qui tournent en boucle à longueur de journée (note pour plus tard : arrêter de me caler sur France Info). Les dépêches AFP sont reprises à la virgule près par une multitude de médias qui vérifient peu leur(s) source(s), et parfois je me demande si mes pensées ne sont pas contrôlées indirectement par une propagande impalpable. Effectivement, les pancartes anti-CPE obscurcissent la profondeur de mon champ de vision et mon esprit s’obstine à stocker « pandémie » dans la pile des mots obsolètes de mon vocabulaire. Candide comme je suis, je pensais pouvoir offrir à nouveau et en toute quiétude des miettes de pain aux mouettes qui peuplent mon balcon et caresser sans peur la chatte de la voisine. Quelle erreur de jugement ! Hier,
Ces mêmes faits relatés un mois auparavant auraient été couverts dès l’ouverture du JT de 20 heures, aujourd’hui ils semblent considérés sans intérêt. L’épidémie de vache folle avait subi le même traitement de l’information avec pour conséquences d’effrayer le consommateur amoureux de la viande de bœuf. Combien d’humains sont réellement décédés de la maladie de Creutzfeldt-Jacob ? Personne ne le sait, ces chiffres là n’intéressent plus, les mauvaises nouvelles engendrent beaucoup plus de téléspectateurs que les bonnes. Regarder le journal se résume à un zapping de malheurs, sans aucun suivi, favorisant notre déprime quotidienne. Entre les tsunamis, attentats terroristes, épidémie, guerres, manifestations, cyclones, délocalisations, révoltes banlieusardes, et autres catastrophes naturelles ou humaines, nous absorbons le désespoir des autres comme des éponges inondées par un flux infini de fléaux, puis soudainement la pression d’un nouvel événement provoque l’évacuation, de nos mémoires, de ces divers faits (et non pas de ces faits divers !). « Celui qui a le contrôle du passé à le contrôle du futur, celui qui a le contrôle du présent a le contrôle du passé » (1984), donc si le contrôle des médias tombe aux mains de groupuscules mal attentionnés comme c’est le cas en Italie (et peut-être en France, je suis sans doute déjà manipulée par un complot mondial !!!!), ce lavage de cerveau quotidien peut déboucher sur un abrutissement du téléspectateur, la peur de nos concitoyens, le repli sur soi, un vote contestataire massif et un Jean-Marie LP Sarko (c’est bonnet blanc et blanc bonnet) à l’Elysée. Par souci de prévention de mon intégrité mentale, je vais stopper iTV et zapper sur Europe2 TV, l’émission la plus stupide du PAF « Sexy or not » y est diffusée : je ne risque plus de me faire hypnotisée le cerveau en observant un abattage de poules prêtes à tout pour démontrer que leur plumage est le plus beau.