Au pays de Candide

Il y avait en Raletouletanland, dans le grand château de M. Chichizevouzentub, un vieux garçon à qui la nature avait donné les mœurs les plus douces. Sa physionomie n’annonçait pas son âme. Il avait un jugement toujours erroné et l’esprit le plus simple ; on le nommait Galouzo. Les anciens domestiques de la maison soupçonnaient qu’il était fils spirituel du Roi Chichizevouzentub. Le Roi était un des plus puissants monarques de l’Union des 25 car son train de vie paraissait extraordinaire, ses petits déjeuners fastueux, ses réceptions grandioses et son immense coffre-fort s’appelait « Trésor public ». Sa seigneurie En entrant dans une ville, ils rencontrèrent un jeune homme étendu par terre. Ce pauvre gars répondait au patronyme Branleurdetudiant. Il ne possédait plus que la moitié de son habit, et le sang recouvrait son corps. « Eh mon Dieu ! lui fit Galouzo dans le patois local, que fais-tu là, mon ami, dans l’état horrible où je te vois ? – Je revendiquais contre l’esclavage parce que je fais un rêve, je rêve que, un jour, tout vallon sera relevé, toute montagne et toute colline seront rabaissés, je rêve de pouvoir franchir les obstacles, de grimper au sommet et de décrocher un emploi pour me nourrir et pour survivre. Alors que je criais ma douleur, la fameuse bande des « racailledebanlieueanettoyerocarcher » m’a attrapé, cogné et dépouillé, c’est l’usage répondit le jeune. – Quelle idée de manifester ! Ne peux-tu pas travailler pour le Roi, comme tout le monde ? – Quand nous voulons travailler à l’usine, le maître exige de l’expérience, de la flexibilité, des heures supplémentaires et il ne nous donne pas à manger, et puis il peut nous renvoyer aux oubliettes quand bon lui semble pendant les deux premières années. C’est à ce prix que vous augmentez le nombre d’actifs en Raletouletanland. Cependant, lorsque ma mère a sacrifié sa santé en travaillant nuits et jours pour m’envoyer à l’université, elle me disait : “Mon cher enfant, bénis nos fétiches, respecte tes professeurs, remercie le crous, adore toujours tes patrons, ils te feront vivre heureux, tu as l’honneur d’être l’esclave de nos seigneurs les medefistes, et tu fais par là leur fortune et leur bonheur”. Je ne sais pas si j’ai fait leur fortune, mais ils n’ont pas fait la mienne. Les chiens, les chats et autres petits hamsters élevés dans les familles nobles sont mille fois moins malheureux que nous. » Galouzo fut tout étonné de voir un indigent se plaindre pour la première fois mais il estimait qu’à tout malheur est bon et que plus les pauvres deviendraient pauvres, plus les riches s’enrichiraient et plus Galouzo, qui tremblait comme un poète sans sa plume, observa au loin les cris et les coups de quelques milliers d’hommes. Une fois le spectacle quasi-terminé et le danger disparu, il prit le parti d’aller raisonner ailleurs des effets et des causes de la fracture sociale. Il passa par-dessus un tas d’éclopés et gagna une école voisine ; elle était en cendres. C’était une école très grande et toute moche que les élèves avaient eux-mêmes brûlée, selon la loi Jenpechelaisotredetravayer. Galouzo, toujours marchant au travers des ruines et au milieu des livres de philosophie, arriva enfin au bureau du grand chef de l’école qui lui prêta son pigeon voyageur. Notre bon disciple souhaitait en effet relater à son mentor le Roi, les évènements extraordinaires qui se passaient chez les pauvres. Seulement, pendant ce temps là, au château, le grand vizir surnommé Iznogoud, lorgnait depuis longtemps sur un Royaume qu’il désirait plus que tout. Il entretenait, par le plus grand des machiavélismes, une influençable popularité auprès des serviteurs. M. Chichizevouzentub, doté d’un esprit simple, ignorait tout des agissements de l’éminence grise du palais ; il préférait se divertir en restant des journées entières nu devant sa fenêtre à observer les gentes demoiselles déambulant dans les jardins. Bénéficiant de la vacance physique et mentale de Galouzo, Iznogoud et ses fidèles alliés en profitèrent par une nuit horrible pour tuer le Roi,