Les Grandes Gueules
Tous les jours, de 11 heures à 14 heures se déroule l’émission des Grandes Gueules sur RMC info et je passe régulièrement une partie de ma pause déjeuner à écouter les diverses personnalités qui interviennent sur des débats d’actualité. Autour des deux journalistes Olivier Truchot et Alain Marshall, un panel explosif et diversifié se relaie pour offrir un regard neuf sur une information nécessitant d’être décryptée : l’homme d’affaires Jacques Maillot, créateur de « Nouvelles frontières », ancien PDG d’Eurotunnel, Karim Zeribi, président fondateur de l’association « Agir pour la citoyenneté », Sophie de Menton présidente du Groupe Multilignes Conseil, membre du MEDEF et présidente de l’association ETHIC, le père Patrice Gourier, prêtre à Poitiers, Bernard Debré, chirurgien, député UMP et candidat à la mairie de Paris, Jean-Claude Larue, délégué général du syndicat des éditeurs de logiciels de loisir, et beaucoup d’autres (professeurs, vignerons, magistrats, …). L’écoute de ces débats souvent houleux et des interviews s’avère beaucoup plus instructif qu’une information brute délivrée par un journal classique. D’ailleurs, j’ai relevé avant-hier les propos du président de
- J : L’année universitaire est-elle en péril ?
- P : Oui, totalement, oui. Je pense que telle que les choses sont parties, il n’y aura pas de cours en quantité suffisante au deuxième semestre par conséquent pas d’examen. Il n’est pas question de brader les diplômes, ils ne valent déjà pas grand-chose dans notre pays compte tenu du fait qu’il n’y a pas d’orientation des étudiants. Une partie des diplômes n’a pas une valeur suffisante.
- J : Lesquels ne valent pas grand-chose sur le marché du travail ?
- P : Je pense qu’aujourd’hui un diplôme du niveau licence, dans une université normale, n’a pas de valeur suffisante pour permettre à un étudiant de se caser sur le marché. Un mastère, et en particulier un mastère professionnel oui, il a plus de valeur. Un doctorat dans la plupart des universités a de la valeur, mais ça ne veut pas dire pour autant qu’un docteur se case immédiatement sur le marché. Je pense qu’aujourd’hui il y a un trop grand hiatus entre la formation, et en particulier à l’université, et les attentes du marché de l’emploi. Il faut prononcer cette expression qui est taboue, qui est un gros mot presque en France : marché de l’emploi, ça existe ! Nos entreprises, publiques ou privées ont besoin d’un certain nombre de gens qui ont, non pas des diplômes (je dirais à la limite presque elles s’en fichent), mais des gens qui ont des compétences, des savoir-faire, et qui peuvent rentrer rapidement au service de la vocation de ces entreprises.
- J : Pour vous, le problème du chômage des jeunes, et du malaise plus général de la jeunesse, c’est pas le CPE, c’est plus l’inadéquation entre la formation universitaire et le marché de l’emploi.
- P : Evidemment, c’est dramatique, ça fait 50 ans qu’on ne touche pas à cela, on a voulu par esprit de générosité et de démocratie massifier l’enseignement supérieur donc on a permis à des gens qui auparavant n’entraient pas à l’université d’y entrer, mais à quel prix ? Avec une absence totale de formation réelle sur le fond. Quand on voit que, en France, les universités disposent de moins d’argent pour former un étudiant que un lycée ou un collège : 6000 euros en moyenne, et un élève de classes préparatoires 12000 euros.
- J : Si vous augmentez les droits d’inscription, forcément certains ne pourront pas aller en faculté.
- P : Pourquoi ? Il y a plein de pays gouvernés par la gauche comme l’Angleterre, avec un Tony Blair qui est un travailliste à ma connaissance, qui a fait passer les droits d’inscription à
- J : En laissant de côté ceux qui n’ont pas les moyens ?
- P : Pas du tout ! Il faut des bourses, il faut des prêts d’honneur. Vous savez, un prêt d’honneur comme ça existe dans les pays où les droits d’entrée sont très chers comme aux Etats-Unis ou au Canada ou au Japon ou en Corée, ne sont pas chers à partir du moment où les gens qui sortent de l’université sont certains d’avoir un job bien payé. Et ils remboursent leur prêt d’honneur.
- J : Parlons des idées reçues sur les études supérieures. La première c’est que la plupart des jeuens qui s’inscrivent ne savent pas quoi faire alors on va à la fac.
- P : Ce n’est pas forcément une idée reçue ! Pour un certain nombre c’est le cas. (…) On a des étudiants qui ne sont pas à leur place. Est-il normal qu’un étudiant qui a un bac pro de boulangerie vienne faire de la philo à
- J : Autre idée reçue vrai ou fausse, à la fac le mot sélection est toujours tabou.
- P : Toujours tabou, sauf hypocritement avec nos deuxième année de mastère parce qu’on n’a pas le droit de sélectionner en première année. (…) La sélection c’est la sagesse même et Dauphine (ndlr : université ayant changée de statut et qui sélectionne) c’est un mot qui a du sens pour un chef d’entreprise. Un étudiant qui sort d’une autre université normale, on s’en méfie beaucoup et on le teste avec un CDD ou avec n’importe quel système qui permet de voir quelles sont ses compétences.
- J : Idée reçue sur la fac, l’UNEF n’est pas représentative des étudiants.
- P : Ce n’est pas une idée reçue, c’est la vérité absolue (…), l’UNEF ne représente qu’elle-même et surtout quand on voit à quel point les dirigeants de l’UNEF sont manipulés par la branche extrême du parti socialiste.
- J : On a dépassé le cadre de l’UNEF lorsqu’on voit des dizaines de milliers, voire des centaines de milliers d’étudiants dans la rue, on ne peut pas dire qu’ils sont tous manipulés.