Je déteste la fête des mères

Publié le par Mel

Cher journal,

 

Vendredi XX octobre 200X : * Un mois et demi que j’ai repris les cours * Tout va bien * L’ambiance de travail est super, j’apprécie beaucoup mon environnement, les gens qui m’entourent, mon appartement, ma ville * Cette année s’avère primordiale, le travail est intense, les projets ont démarré et ma première composition d’automatique est planifié pour lundi en huit * Je suis actuellement dans le TGV direction Paris, je vais passer le week-end en famille pour me ressourcer et me reposer un peu * J’arrive dans une heure, je sais que maman a préparé une tartiflette dont elle a le secret, j’en ai l’eau à la bouche. Cela va enfin me changer des pizzas industrielles et autres croque-monsieurs que j’ingurgite rapidement par manque de temps et d’envie de me lancer dans une cuisine digne de ce nom * Je suis bien, heureuse, en bonne santé, j’ai confiance en ma réussite pour cette année * Je vais faire un petit somme en attendant d’arriver *

 

Samedi XX+1 octobre 200X : * Qu’il est doux de ne rien faire quand tout s’agite autour de soi * C’est bon de revenir chez les siens, je me sens chouchoutée, détendue, mais je n’en oublie pas de bosser, je dois être au point pour ma composition d’automatique, j’y consacre la matinée * Nous planifions les vacances de la Toussaint , elles arrivent à grands pas, nous irons certainement faire un tour en Normandie pour presser les pommes et faire du cidre, puis fêter les 13 ans de soeurette *

 

Dimanche XX+2 octobre 200X : * Petit déjeuner ensoleillé agréable * Je dois malheureusement préparer mes affaires, mon TGV part à 15h, le temps passe vite * Je termine encore quelques révisions, je souhaite prendre le train en étant sûre d’être complètement à jour niveau travail et ce soir je me couche tôt * Déjeuner agréable comme je les aime dans la véranda : un poulet frites classique, des sourires partagés, des rires, les repas en famille ont toujours été un moment de dialogue privilégié chez nous, de communion. Je me charge d’ondes positives pour la semaine à venir. Papa est passé à la pâtisserie nous ramener quatre délicieux gâteaux individuels, maman a la bonté de me laisser le fondant au chocolat, et moi je suis assez égoïste pour le prendre. Elle se contente d’un flan * Je réunis mes dernières affaires et l’heure des embrassades retentit * Maman est allongée dans le transat, elle a une petite douleur au ventre, la digestion difficile d’un repas trop gras sans doute * Elle m’embrasse tendrement et me dit trois mots que je n’oublierai jamais : « Tu sens bon » *

 

Lundi XX+3 octobre 200X : * Rien : journée banale, pas mal de boulot, j’ai passé la soirée à travailler à l’école sur mon projet, il avance doucement mais c’est prometteur *

 

Mardi XX+4 octobre 200X : * Les jours se suivent et se ressemblent … * 21h00 : je rentre à l’appartement, j’ai envie de me détendre, j’ai téléchargé il y a peu de temps le film « Quasimodo Del Paris » via Internet, j’éteins la lumière, je démarre le PC et je lance Windows Media Player * La sonnerie intempestive du téléphone retentit durant la diffusion, j’ai la flemme de me lever * Le téléphone ne s’arrête pas de sonner, qui peut bien m’appeler ? * Légèrement énervée, je décroche sans amabilité * C’est mon père, ce n’est pas son genre de m’appeler après 20h, sa voix est très bizarre, je suis interloquée. Il me demande de m’asseoir, ce que je refuse, qu’est-ce que cela signifie ? Il me redemande de m’asseoir, je m’exécute car je suis inquiète, je veux savoir, le temps semble s’arrêter. Il prend son élan et dans un dernier souffle il lâche : « Maman est morte » * Le monde s’arrête de tourner, je me pince, je ne sais pas si je vis un rêve ou la réalité, je prie intérieurement pour que ce soit une blague d’un mauvais goût, mais au fond de moi je viens de comprendre. Quand j’étais petite, je me suis très souvent demandée si je pleurerais lorsque mes parents mourraient, pensant qu’il faudrait se forcer pour faire bonne figure. * Je viens d’avoir ma réponse : je n’ai pas à simuler les larmes, mes yeux ne s’arrêtent plus de couler, je suis dans un état second, je tombe sur le sol. Dans un réflexe crétin, je veux absolument connaître l’heure précise de la mort, je ne sais pas pourquoi, peut-être simplement pour savoir ce que je faisais à cet instant où ma mère a poussé son dernier souffle de vie * Tout en tremblotant de douleur, je reprends mes esprits : Pourquoi est-elle morte ? Pourquoi ? Je l’ai quittée deux jours plus tôt en forme, comment est-ce possible ? Pourquoi suis-je mise devant le fait accompli ? Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? * Papa m’explique que les maux de ventre du dimanche ont perduré, le médecin de famille est venu le lundi et a juste donné quelques comprimés pour faire passer la douleur … rien de grave. Seulement, l’état empire à un tel point dans la journée qu’elle est transférée à l’hôpital du coin, elle tombe presque dans le coma * « Pourquoi ne m’a-t-on pas prévenu ???? – Pour ne pas t’inquiéter » … C’est trop aimable   L * Mardi, l’état empire et les médecins décident d’un nouveau transfert à la Pitié Salpêtrière , plus performant que le petit hôpital de banlieue, mais les médecins n’ont rien pu faire, elle perd complètement ses forces et toute vitalité en quelques heures * Pourquoi elle ? Pourquoi ce genre d’injustice doit-elle lui arriver à elle, elle qui a vécu une vie si difficile, si courageuse, si exemplaire, elle qui m’a élevée avec tant d’amour, elle qui m’a éduquée et enseignée des valeurs de tolérance et de dépassement de soi ? Pourquoi la mort est-elle aussi violente, soudaine ? Pourquoi ne lui ais-je jamais dit « je t’aime » ? Par pudeur ? Pourquoi la vie n’est-elle plus pareille après ? Pourquoi le monde s’acharne-t-il sur certains êtres ? *

 

Maman, je t’aime, je pense à toi chaque jour, je déteste la fête des mères car je n’ai personne à embrasser, tu me manques tellement …

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V
Un commentaire de plus: je suis juste très très touchée...<br />
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M
Merci beaucoup Virge ...
j ai encore ma mère, bien que je sois bcp + âgée que toi, j ai eu le tps d 'y réfléchir ça ne me tombera pas dessus comme ça t est arrivé mais je suis persuadée que la vie éternelle c est simplement de continuer à faire vivre "en nous" ceux que l on a perdus.<br /> bises Mel <br />
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M
Quand ça tombe c'est tout de même difficile ... même si on est préparé.<br /> Bises Line.
E
Je t'en prie...<br /> Y'a pas de soucis...<br /> ;-)
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M
Tant mieux alors ;-)
E
Ben en fait, pour résumer...mon père biologique est vivant mais n'éprouve pas le besoin de me voir... je n'ai donc aucun contact avec lui (disons que je me suis fait une raison, après plusieurs essais infructueux)...depuis qu'il a divorcé de ma mère alors que j'avais moins de 3 ans.<br /> <br /> J'ai été élevé par un beau père qui a pris le relai à ce moment là... et qui s'est suicidé en 1997. <br /> <br /> Je suis donc plein de colère... envers ce père "vivant" mais à qui je ne manque pas...comme un gachis, une perte de temps, et un éloignement irréversible pour nous ...comme si on me donnait un bonbon, en me disant "tu n'as pas le droit de le manger"...<br /> <br /> Mais, tu as raison, ne pensons ni au passé, ni à l'avenir, et profitons de chaque jour<br /> <br /> je t'embrasse<br /> <br /> je t'embrasse. <br /> <br /> <br />
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M
Wo ... je suis vraiment desolee, c'est vraiment difficile ton histoire. Je ne peux pas comprendre comment on peut rejeter sa propre fille, son propre sang, certaines lachetes me depassent vraiment.<br /> Excuse moi de t'avoir fait remonter tout cela a la surface, j'espere qu'un jour ton pere aura acquis suffisamment de maturite pour se rendre compte des consequences de ses actes.<br /> Moi aussi je t'embrasse ;-) Bisous ...
E
Ton texte me serre le coeur, parce que ça me fait penser au jour où je vais vivre la même situation... ça va être horrible, parce que je n'aurais plus de parents ensuite... d'habitude, j'essaye de me faire à cette idée... mais c'est dur... <br /> ça me touche de lire ça, je suis avec toi... et je le serai encore plus, quand je n'aurai pas à souhaiter la fête des pères...<br /> je t'embrasse
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M
A la lecture de ton commentaire, je me pose une question : as-tu perdu ton pere ou ne l'as-tu jamais connu ? <br /> Ne pense pas a la mort, ca arrivera assez vite comme ca, profite des bons moments.<br /> Bisous Egerie